Point macroéconomique

Guerre des tarifs contre guerre des changes

Par 8 août 2019 septembre 6th, 2019 No Comments

Insatisfait par l’issue des négociations avec Pékin, Donald Trump a relancé la guerre commerciale. 300 milliards de dollars d’importations supplémentaires en provenance de Chine seront ainsi taxées, le 1er septembre, de 10%. L’objectif de cette nouvelle offensive est double : obtenir un nouvel accord favorable pour les Etats-Unis et forcer la FED à baisser davantage les taux d’intérêts. Fin stratège, l’Empire du milieu a ouvert un second front en dévaluant sa monnaie. Le dollar vaut désormais aux alentours de 7 yuans. Cette contre-attaque a pour but d’atténuer les effets négatifs de la hausse des droits douane pour les sociétés exportatrices chinoises. Nous sommes donc rentrés dans une guerre des changes en réponse à la guerre des tarifs. La guerre commerciale vient donc d’entrer dans une nouvelle dimension. Cette escalade a fait chuter les marchés actions et les taux souverains. Désormais, la courbe des taux de l’Allemagne est négative sur toutes les maturités, même au-delà de 30 ans ! Aux-Etats-Unis, la forte baisse du rendement à 10 ans a fait effondrer l’écart de taux entre le 3 mois et le 10 ans à -0,30%. C’est un niveau jamais atteint depuis 2007 ! Cet indicateur avancé, souvent annonciateur d’une récession, est sans appel. Le marché obligataire anticipe donc une contraction de l’activité outre-atlantique et également en Europe, victime collatérale du conflit sino-américain. Pourtant, il est difficile de déterminer lequel des deux géants mondiaux sortira clairement vainqueur de cette surenchère. Les biens nouvellement taxés vont impacter le consommateur américain (smartphones et autres biens de consommation électronique). La Chine risque de provoquer une sortie massive de capitaux néfastes pour son économie. Il est donc urgent que cette situation cesse pour les investisseurs et les marchés actions, qui essaient de résister grâce à cette prime de risque nettement favorable.

La pression s’est donc logiquement déplacée vers la FED. Le président américain a jugé trop timide la baisse de 25 points de base de l’institution monétaire en juillet. La Maison Blanche appelle ouvertement à des baisses de taux de l’ordre de 0,75% à 1% très prochainement. Les marchés anticipent désormais à 100% la probabilité d’une action en septembre. L’indépendance de la banque centrale est plus que jamais remise en question. En réaction, quatre de ses anciens présidents ont signé un manifeste pour défendre son autonomie. N’oublions pas qu’il existe un précédent avec la démission de Paul Volcker le 3 juin 1987.

Dans cette atmosphère pesante, aucune statistique macroéconomique n’a vraiment rassuré. Au pays de l’oncle Sam en juillet, le taux de chômage a légèrement augmenté à 3,7%, même s’il reste historiquement très bas. Les créations d’emplois ont été également plus faibles que prévues à 164 000 contre 193 000 le mois précédent. Si le PMI des services s’est amélioré à 53 contre 52,2 précédemment, la véritable alerte est venue de l’ISM manufacturier, toujours sur la même période, en baisse de 53,7 contre 55,1. L’ironie du sort est que ces droits de douane sont censés protéger les industriels. En réalité, ce segment de l’économie est le plus menacé par une récession liée aux conséquences de cette guerre commerciale.

Chiffre de la semaine : 1.3 Millions – Nombre de spectateurs du film « Le Roi Lion » en France cette semaine, dépassant le milliard de dollars de recettes