Point macroéconomique

Des dividendes en confinement : quel impact pour les stratégies rendement ?

Par 8 avril 2020décembre 3rd, 2020No Comments

Les dividendes 2019 des grandes sociétés cotées pourraient, à l’image de toute la France, être mis en quarantaine. Plusieurs grandes entreprises ont d’ailleurs déjà annoncé qu’elles ne verseraient pas leur dividende, normalement payé entre mars et juin, alors que d’autres ont fortement réduit le montant destiné à être distribué. La suppression de cette forme de participation aux bénéfices sera d’autant plus sensible que l’année 2019 avait été l’un des meilleurs crus en ce qui concerne les résultats des sociétés cotées : au niveau mondial, 2019 avait affiché un montant record de 1430 milliards de dollars de dividendes, dont 49,2 milliards pour le CAC40 en France et 357 milliards pour les entreprises européennes. Et, selon les analystes boursiers, l’année 2020 (dividendes de l’exercice 2019) s’annonçait encore meilleure, avec des estimations pour le CAC par exemple, à 54 milliards d’euros, soit 5,5% de plus qu’en 2019. Il ne fait aucun doute qu’il y aura une réduction généralisée de la distribution puisqu’un certain nombre d’entreprises ont abandonné leurs prévisions de bénéfices, ce qui revient à admettre que les dividendes seront moins élevés. D’ailleurs, les futures sur dividendes anticipent désormais un niveau inférieur de dividende sur les 5 prochaines années versus 2019. La plupart des entreprises qui ont fait le choix de réduire, suspendre, ou supprimer leur dividende l’ont fait avant tout pour sauvegarder leur trésorerie. C’est en effet ce qui a motivé Airbus en premier lieu. La société ne versera pas les 1,4 milliard d’euros de dividendes annoncés il y a quelques semaines, et son président, Guillaume Faury, a été clair sur le sujet : « nous sécurisons nos activités afin de préserver l’avenir d’Airbus ». Toute l’industrie aéronautique mondiale (Boeing, Safran, Lufhtansa…), a dû faire face à la même problématique et Airbus n’en était pas exempt, tout comme sa consœur Safran qui l’a imité en supprimant elle aussi le dividende. D’autres sociétés songent à repousser la décision à l’automne, quand elles y verront plus clair. En ce sens, nous pensons d’ailleurs, qu’un report d’au moins trois mois des assemblées générales (durant lesquelles le vote de la distribution du dividende est effectué), qui se tiennent traditionnellement en avril-mai, permettra le retour des réunions avec une présence physique et d’ajuster le versement des dividendes à la réalité du moment des entreprises.

Que faut-il en penser ? Il nous semble que tous les secteurs ne sont pas égaux face au risque de suppression des dividendes. En effet, à ce jour, les plus exposés (qui pourraient subir des ventes forcées en raison des sorties des fonds de rendement) semblent être l’énergie, les bancaires, les assurances, les services aux collectivités (« utilities ») et les télécommunications.

  • Le secteur pétrolier reste surexposé à la crise, il est pris en étau entre la paralysie de l’économie et la forte chute des cours du baril à moins de 30 dollars. Tous les groupes ont annoncé des plans d’économies et des baisses d’investissement. En revanche, les majors comme Total ou BP assurent que les dividendes seront maintenus ;
  • Les banques ont quant à elles été hésitantes, et la Banque centrale Européenne (BCE) qui a lancé un plan d’urgence de 750 milliards de dollars a émis un avertissement en précisant que les banques européennes avaient besoin de mobiliser leurs fonds propres. Il apparait comme une évidence que le répit obtenu par les banques grâce aux mesures adoptées doit être utilisé pour financer l’économie, pas pour augmenter les rémunérations ou la distribution aux actionnaires. En France, chez BNP Paribas, le versement de 3,87 milliards d’euros est toujours à l’ordre du jour alors que ses pairs (Société Générale et Natixis en France, ou HSBC et Barclays outre-Manche) ont déjà annoncé l’annulation de leur dividende. La question-clé à se poser désormais est de savoir si la réduction des dividendes de 2020 est transitoire. Autrement dit, si nous sommes prêts à supposer que la perturbation du virus ne se poursuivra pas jusqu’en 2021, alors un certain niveau de différenciation pourrait être justifié parmi les secteurs à plus haut rendement. Selon nous, avec des secteurs tels que la banque, la probabilité de retour des dividendes en 2021 est peut-être plus élevée que celle de l’énergie.