Point macroéconomique

PÉNURIE DE MAIN-D’ŒUVRE AUX ÉTATS-UNIS

Par 4 juin 2021juin 17th, 2021No Comments

C’est un « American Paradox » ! Aux États-Unis, les entreprises ont des difficultés à recruter, alors que le pays compte officiellement 9,8 millions de chômeurs (soit 4 millions de plus qu’avant la pandémie). Ainsi, le taux d’emplois vacants est au plus haut depuis la fin de la guerre mondiale, au-dessus du niveau des 5%. « Où sont les employés que nous avons licenciés l’année dernière ? » C’est probablement la question que se posent les chefs d’entreprises dans cette période de déconfinement, synonyme de forte reprise. Quelle que soit la source statistique, le compte n’y est pas. Selon le « Bureau of Labor Statistics », plus de 23 millions de salariés avaient disparu des feuilles de paye en deux mois, entre fin février et fin avril 2020. Depuis ce choc considérable, 14 millions de personnes ont retrouvé un employeur. La population active salariée a donc diminué de 9 millions. Si on reprend, l’augmentation de particuliers à la recherche d’un emploi (4 millions), cela signifie concrètement que 5 millions d’individus manquent à l’appel ! Que font-ils ? Sont-ils désespérés et donc marginalisés ? Ou profitent-ils d’un État-providence qui verse provisoirement des chèques généreux aux contribuables ?

La période est inédite outre-Atlantique, où les allocations sont gérées localement. Ainsi, en Californie, un ayant-droit touche en temps normal, un forfait de 167 dollars plus un complément hebdomadaire de 300 dollars.

C’est fort peu comparé aux mesures récentes votées sous les présidences républicaines et démocrates. La tentation d’oisiveté est donc exceptionnellement grande. Par conséquent, le marché de l’emploi est donc inefficient car subventionné. Pour appâter les réfractaires au travail, les sociétés font preuve d’imagination: bonus de bienvenue et indemnité versée pour un entretien professionnel ne sont plus tabous. Par ricochet, il faut récompenser davantage ceux qui travaillent avec des rémunérations plus généreuses. Ainsi, McDonald’s a annoncé une hausse moyenne de 10% des salaires. Ce nouvel environnement plus favorable aux salariés se fait au détriment des marges des entreprises. Pour l’économie, le manque de personnel se traduit par de la croissance perdue et un regain d’inflation. Combien de temps va durer cette période ? Sans doute aussi longtemps que les indemnités dureront. Celles-ci étant actuellement prévues jusqu’au 6 septembre, nous pouvons donc penser que cet excédent d’offres d’emploi non pourvues durera tout l’été.

Entretemps, des deux côtés de l’Atlantique, on se prépare à dépenser les excédents d’épargnes accumulées depuis 15 mois. Selon la Banque de France, les ménages de l’Hexagone ont accumulé un surplus de 142 milliards d’euros. Même si la totalité de ce gigantesque bas de laine ne sera pas dépensée, la reprise s’annonce très forte.