Point macroéconomique

Une rotation sectorielle durable ?

Par 31 janvier 2022No Comments

 

Elles sont les stars des indices boursiers. Les valeurs de croissance, alias LVMH, Hermès international, l’Oréal et Kering en France ont fait la fortune des épargnants occidentaux ces dernières années et sont désormais malmenées en bourse en 2022, au profit des cycliques et des « value ». Ce phénomène va-t-il s’accélérer ou au contraire durer quelques semaines, comme dans le passé ? Les derniers de la classe seront-ils durablement les premiers et doivent ils être encore renforcés dans les portefeuilles ?

 

Pour répondre à ces questions, ils convient d’identifier les facteurs qui ont contribué à faire de ces titres les grands gagnants. Tout d’abord, sur le plan fondamental, il n’y a pas photo ! Comparez la croissance du bénéfice par action ajusté entre 2015 et 2020, selon Bloomberg, de LVMH et celui de BNP Paribas (+113% contre 28%), et vous comprendrez pourquoi le numéro un mondial du luxe écrase la première banque continentale européenne. En revanche, l’ampleur de la différence de performance dividendes réinvestis entre les deux titres (418% contre 66%) est plus qu’intrigante. Ce multiple de plus de 6 fois a été amplifié par la politique monétaire ultra accommodante des banques centrales, ayant entrainé des taux longs négatifs en nominal en Europe, et ajusté de l’inflation aux États-Unis. De surcroît, les gigantesques programmes d’achats d’actifs mis en place depuis 2008, ont généré un excédent de liquidés dans le système bancaire de plus de 4 400 milliards d’euros rien qu’en Europe, selon la BCE. Les valeurs de croissance, ayant la faculté de surmonter les crises, étaient valorisées comme des obligations avec une certaine prime de risque. Ce phénomène a, sans aucun doute, provoqué un excès de valorisation pour ce segment de la cote. Concrètement, cela s’est traduit, pour nos deux titres concernés, par un multiple cours de bourse sur bénéfice par action (en anglais Price Earnings Ratio ou PER) de plus de 35 pour LVMH et de moins de 10 pour BNP Paribas. Cet engouement est en train de s’inverser, maintenant que la FED durcit sa politique monétaire, à la suite d’une inflation au plus haut depuis 1982 outre-Atlantique, soit 7% sur un an glissant. Malgré une décélération graduelle ces prochains mois, cet indicateur devrait rester bien au-dessus de la cible à moyen terme de 2%.

En résumé, nous assistons à un phénomène de contraction des multiples de valorisation, qui se concentre sur le compartiment le plus cher de la bourse. Les espoirs d’une reprise économique imminente, post vague Omicron, portent les valeurs cycliques et « value », qui vivent actuellement une hausse de leurs cours boursiers. Ce phénomène est typique d’une reprise économique de moyen cycle, caractérisé par une hausse de l’activité avec des taux d’intérêt plus élevés. Cela va-t-il durer ? En bourse, on achète de la croissance bénéficiaire et les phénomènes de rattrapage sont provisoires. Sur ce point, le match est loin d’être joué, puisque le consensus des analystes anticipe pour 2022 et 2023 une croissance des bénéfices par action cumulée de 11% et 23% pour LVMH contre 2% et 7% pour BNP Paribas. Ces données seront affinées avec le temps. Il est fort possible que le luxe, comme les financières, performent bien en 2022, si ces estimations sont dépassées.