Point macroéconomique

MÉTÉO DÉTREMPÉE ET PLEIN SOLEIL SUR LES MARCHÉS

Par 6 août 2021août 11th, 2021No Comments

Ce ne fut pas la canicule en juillet ! Selon MétéoFrance, la température moyenne sur la France a été de 20,7 °C, soit 0,1 degré Celsius de moins que la normale. La pluie a été l’élément le plus marquant, avec un excédent de précipitations proche de 50 % par rapport à la moyenne mensuelle de référence entre 1991 et 2010. Nous venons de vivre un mois de juillet parmi les dix plus arrosés sur la période 1959-2021. Cet excès a causé de nombreux dégâts en Allemagne et en Belgique, provoqués par de violentes inondations. Selon la fédération allemande du secteur de l’assurance, le coût est estimé entre quatre à cinq milliards d’euros.

Il semble que cette goutte froide sur l’Europe continentale soit une exception dans le monde. La chaleur et la sécheresse sévissent non seulement en Grèce, où les pompiers bataillent actuellement contre les incendies autour d’Athènes, mais également en Turquie. Loin de chez nous, la température de l’air au Groenland a atteint récemment 23,2°C. Environ 22 gigatonnes de glace y ont fondu en une seule journée. Ce volume équivalent suffirait à recouvrir toute la Floride de 5,1 cm d’eau selon des scientifiques. La Sibérie a connu également des phénomènes hors normes : le 20 juin dernier, des températures au sol supérieures à 35°C y ont été enregistrées, avec des pics de 48°C près de Verkhoïansk, de 43°C à Govorovo et de 37°C à Saskylah le 29 juin. Plus que jamais, les aléas climatiques nous frappent au quotidien et les conséquences seront de plus en plus sensibles. Ainsi, selon la Fédération française de l’assurance, la facture annuelle des sinistres climatiques a triplé depuis fin 80 à 3,6 milliards d’euros. Une hausse substantielle des primes d’assurances d’habitation est à prévoir d’ici trente ans (de 113% à 200%).

Pendant ce temps, les marchés sont au zénith avec des indices américains et européens ayant battu de nouveaux records cette semaine. L’explication est avant tout fondamentale. La saison des résultats du deuxième trimestre est presqu’achevée et elle s’annonce excellente. Ainsi, respectivement 88% et 83% des sociétés aux États-Unis et en Europe ont battu le consensus portant sur la prévision de leurs résultats. Plus remarquable, les bénéfices par action sont supérieurs aux attentes de l’ordre de 17 à 22% selon les zones géographiques. C’est le meilleur score depuis plus deux ans. Toutefois, ces indices au firmament cachent une réalité beaucoup plus contrastée. En Europe, les valeurs financières et pétrolières ont connu leur plus haut annuel lors de la première quinzaine de juin, se repliant avec la résurgence du variant delta et des chiffres macro-économiques plus faibles, surtout aux États-Unis. À l’inverse, celles de la technologie et des biens de consommation ont récemment enchaîné les records et affichent des performances en 2021 dépassant 30%. L’excès actuel de liquidités, ayant entraîné une forte baisse des taux longs, explique cet afflux vers les valeurs de croissance en période de doute sur la pérennité de la reprise. Les investisseurs, comme les météorologues, doivent faire preuve de discernement dans leur appréciation de la situation actuelle, car celle-ci est bien plus complexe qu’en apparence, avec des indices au plus haut et certaines valeurs délaissées.